Billet hebdomadaire

Les maîtres menteurs

Edouard Philippe est un génie. Si. Cela ne se voit pas tout de suite, mais c’est comme la beauté intérieure, cela irradie, cela éclaire toute chose. Voyez cette histoire de quotas, cette resucée d’immigration choisie à la Sarkozy, que le peuple, les sondages le proclament, plébiscite soudain. Importer chaque année une certaine quantité de travailleurs dans chaque branche d’activités pour satisfaire la demande de chaque région. C’est génial, tout simplement. Premièrement, cela satisfait le besoin d’apparence de raison qui anime tout technocrate. Deuxièmement, cela fait la pédagogie auprès des masses d’une “vérité” utile à la révolution, que notre économie a besoin d’immigrés — une vérité qui resservira pour les retraites. Enfin, et surtout, il y a le mot quota. Quota. Vous aurez noté que les sous-fifres de Philippe sont accourus sur les plateaux avec des limes, des polissoirs, des arrondisseurs d’angle, ils parlaient de « besoins chiffrés », surtout, ne pas employer le mot quota que la gauche ne saurait entendre. Hé bé mon Edouard, lui, même pas peur, sans complexe, droit dans ses bottes, il a mis les pieds dans le plat. Il y aura bien des quotas de travailleurs. Vous n’êtes pas contents ? J’ai bien dit des quotas. Quotas. Quotas. 

Seulement, Doudou, c’était peut-être le chouchou de Juppé du conseil constitutionnel, mais lui, c’est un roué, un vrai politique. Quotas, cela fait piailler un petit peu les dernières concierges de feu le PS, mais c’est surtout un formidable rideau de fumée. Les républicains réclamaient des quotas depuis dix ans. Donc le bon électeur du marais « de droite » est satisfait. Il note qu’encore une fois Macron « fait ce que la droite n’a pas osé faire », et il se rendort après deux alléluias. S’il n’y avait pas le mot quota, muleta pour la gauche et sédatif pour la droite, sédatif pour la droite parce que muleta pour la gauche, le projet gouvernemental apparaîtrait pour ce qu’il est, une nouvelle pompe aspirante de l’immigration — petite, comparée à ce qui pompe et ce qui immigre déjà, une pompinette si l’on veut, mais cela fait toujours ça de plus, quelques dizaines de milliers d’immigrés légaux chaque année.

By the way, vous vous demandez peut-être pourquoi le mot quotas fait tant hurler à gauche ? Moi aussi. Les Etats-Unis d’Amérique, pays d’immigration, de colons européens, d’esclaves noirs, de tout enfin, fonctionnent depuis plus de cent ans avec des quotas d’immigration, et personne n’y trouve à redire. Personne ? Suis-je bête ! Où avais-je la tête ? Si, bien sûr, il y a les gens ouverts qui sont contre, les nomades aux semelles de vent, Attali, Soros ! Les quotas sont le Mal lui même en ce qu’ils définissent une limite. Ils excluent. Il y a ceux qui rentrent dans les quotas et ceux qui n’y rentrent pas. Les quotas sont un camp de concentration virtuel. Voilà ce qu’une société sans frontière ne peut admettre. Ici, Edouard Philippe se montre vraiment génial : il donne satisfaction aux nomades en faisant semblant de défendre les manants, il dit qu’il ferme la porte pour l’ouvrir un peu plus. C’est un maître menteur et il mérite en cela de la révolution arc-en-ciel.

Celle-ci est en train d’accélérer le grand mensonge sur l’immigration qui rend possible le grand remplacement depuis la fin des années soixante-dix. Esquissons l’histoire de ce mensonge. La révolution arc-en-ciel a menti à l’origine en disant que l’immigration était nécessaire à l’économie, sans lancer la robotisation, puis nécessaire à la démographie, sans lancer de politique nataliste. Cela lui a permis un autre double mensonge au début des années quatre-vingts : il n’y a pas d’immigration et en même temps l’immigration est une chance pour la France. Circulez, y a rien à voir, et en même temps ce qu’on voit est très bien. Puis, à la fin des années quatre-vingt-dix, l’ONU a synthétisé les mensonges des années soixante-dix, il faut que l’Europe importe des dizaines de millions d’immigrés parce que c’est nécessaire à la fois à l’économie et à la démographie, le système de retraites l’exige.

Les années deux mille amenèrent une nouvelle contradiction, une nouvelle schizophrénie arc-en-ciel. Le déni et la revendication marchaient main dans la main. D’un côté le grand remplacement était un fantasme complotiste, de l’autre il fallait en tenir compte dans l’organisation de la cité. Le peuple français restait inchangé, mais il était nécessaire de donner toute leur place aux minorités pas suffisamment visibles, raciales ou religieuses, à la télé, à la radio, dans le cinéma, dans la publicité, de manière que le pays légal représente plus justement le pays réel. Ce fut le grand moment des indigènes de la République, les premières manifestations pour le port du voile, contre l’islamophobie, les premières « luttes décoloniales ». L’Algérienne Houria Bouteldja invitait à éduquer les « Souchiens » pour qu’ils apprennent l’histoire de France et s’adaptent à la nouvelle réalité sociale de leur pays. 

 

Depuis, Rokhaya Diallo, Lilian Thuram et quelques autres ont invité « la société française à s’accepter telle qu’elle est : diverse ». Au fil du temps, le divorce s’est accentué toujours plus entre le discours officiel de la République et le discours de l’arc-en-ciel non blanc, celui-ci présentant implicitement le grand remplacement comme une évidence, celui-là continuant à le nier par habitude et par principe. Il semble qu’Emmanuel Macron ait opté pour la reconnaissance d’une diversité croissante, ses apparitions spectaculaires avec de jeunes noirs tant à l’Elysée qu’aux îles en étant une indication, une autre, étant, lors de la présentation du plan banlieue de Jean-Louis Borloo, la déclaration du président de la république en mai 2018 : « Ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent un rapport ». Dans le même temps et le même sens, un ancien conseiller d’Edouard Philippe, Hakim El Karoui, a publié un livre pour répandre l’idée qu’il « faut accepter que l’Islam soit devenu une religion française ».

Les uns et les autres disent une même chose chacun à sa manière : la France n’est ni européenne, ni chrétienne, ni blanche comme le croyait un De Gaulle, elle est diverse, de plus en plus diverse, de plus en plus non blanche, non chrétienne, non européenne. Cela a pour mission de vaincre définitivement l’argument identitaire de « l’extrême droite ». De dire à Maurras : le pays réel dont vous fûtes jadis le chantre n’existe plus, l’identité française est métisse, musulmane, animiste, colorée : loin que le pays légal trahisse votre nation, qui n’est plus qu’un rêve, il tient trop compte au contraire de ce rêve vain.

En fait, ce discours extrémiste est déjà dépassé, tant l’industrie du mensonge s’accélère : dans sa frénésie, l’arc-en-ciel est passé à la prochaine étape du grand remplacement, le changement de mémoire, le mensonge rétrospectif. Les Français demeurant majoritaires en France, pour les convaincre de disparaître, on leur dit qu’ils ne sont pas ce qu’ils croyaient être. Que la France blanche, européenne et chrétienne non seulement n’existe pas mais n’a jamais existé. C’est sur cette voie qu’ont commencé à travailler deux vedettes, Attali-des-idées-de-génie, le grand mamamouchi compilateur, et Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat aux Transports. 

HANNIBAL.

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