Billet hebdomadaire

Contre la République

Vous savez ces vieilles voitures, mais les vraiment très vieilles, celles qu’on essaie de mener jusqu’au bout du bout depuis des années avec une pingrerie presque religieuse, un soin de tous les instants, celles qui vous bouffent plus d’huile qu’une friteuse, qui font plus de bruit qu’un comité directeur de la LCR, celles qu’on utilise en douce pour aller à la pêche, qu’on n’ose plus montrer depuis des années au contrôle technique, même le châssis commence à rouiller, le circuit électrique n’est plus qu’un long réseau de chatterton, eh bien, un jour, c’est trop, ce qui tenait par la force de l’habitude se délite, on a beau multiplier les réparations, même y mettre de l’argent, tout lâche en même temps, l’aile avant droite, le rétro, les plaquettes de frein, le joint de culasse, pchtt, ça s’arrête, le délai de péremption est passé, y a plus qu’à la mettre à la casse : hé bé, la République en est là.

La République. Française. C’est plus qu’une crise de régime, c’est une crise de modèle, de paradigme, comme ils disent. Une crise de nature. Elle est fourbue, cramée, fichue, morte. Ne marche plus. N’est plus capable de faire un mètre. Longtemps elle a fait illusion. Ça bringuebalait dans tous les sens mais ça tournait encore. C’était perclus de scandales, grandiloquent et inefficace quand ce n’était pas franchement néfaste, mais ça continuait sur l’erre. Aujourd’hui, fini. Ça tombe en morceaux, blam, d’un coup. Ça pollue tant qu’Anne Hidalgo va devoir l’interdire à Paris pour les J.O. néocovidiens de 2024. Plus question de la réparer ni de l’amender. On a déjà tout essayé, comme avec les fusils de notre jeunesse, le MAS 36 rectifié 49 puis 56. Ça marche plus. Leur modèle 92 rectifié 48, 75, 44 ou 58, n’en peut plus. Y a plus d’après. N’importe la version, la première, deuxième, troisième, quatrième, ou cinquième, c’est la fin, il n’y aura pas de sixième, de septième, ni de quarante et unième, de pastorale, de avec chœurs ou de Jupiter, c’est fini, n, i, n, i, fini fini de chez fini. Tout tombe en poussière. Le président ? Transformé en infirmière. Ne vous mettez pas plus de six à table les gars et aérez trois fois par jour. Les ministres et anciens ministres ? Perquisitionnés. Soumis à enquête. Les anciens présidents ? Poursuivis pour association de malfaiteurs, momifiés ou en couple avec une actrice ringarde. L’économie ? En récession sauf le luxe. LVMH, valeur refuge de la bourgeoisie de gauche. L’Europe, leur grand rêve ? En voie de No Deal.  Le vivre ensemble ? En voie de couvre-feu. L’assimilation heureuse ? Après Victorine, voici le prof d’histoire décapité. Beau symbole, clap de fin : la République a commencé avec la guillotine qui assassina Louis XVI (puis Marie-Antoinette, voilà 227 ans ce mois d’octobre), elle finit par le couteau d’un déséquilibré/loup solitaire/ami ou proche de parent d’élève. La machine à décapiter s’adapte aux nouvelles mœurs. Le rectorat prie ses employés de ne pas parler de choses qui fâchent aux nouvelles populations.

 

Maintenant je vais vous dire, les gens sont à la fois si balourds et si brouillés dans leur tête qu’on est forcé d’expliquer tout haut ce qui hier allait de soi (Il faut dire qu’on n’est plus vraiment entre soi). Le débat entre Elisabeth Badinter, la France insoumise, Marine Le Pen, Eric Zemmour, Michel Onfray et quelques dizaines de milliers de républicains laïques d’une part, et, disons, Tarik Ramadan ou Abdelhakim Sefrioui de l’autre, ce débat est bon à mettre au panier. Foin du face-à-face Islam vs République laïque. L’un ne doit pas plus s’intégrer à l’autre que l’autre ne doit s’imposer à l’un. On ne veut ni de l’un ni de l’autre. C’est pourtant simple : la République n’est pas une protectrice, l’Islam n’est pas une chance, ni une option. La République ne vaut pas les latrines pour l’immerger, et le mieux pour l’Islam est de laisser le désert où il est né l’enterrer. Y a le Khamsin pour ça. […] (lire la suite)

HANNIBAL.

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