“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”

 

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Clandestins en Italie : béni par Bergoglio, c’est un “exode biblique”


L’art du communiqué de guerre a toujours consisté à transformer les défaites en victoires et la déroute en retraite ordonnée. Mais l’amiral Giuseppe De Giorgi, chef d’état-major de la Marine italienne, est sans doute le premier à faire de l’invasion de son pays un titre de gloire. Chaque nouveau débarquement d’Africains et d’Africaines par centaines ou par milliers lui est occasion d’un communiqué triomphal, complaisamment relayé par les gros media. Ainsi, le 21 mars, a-t-il exprimé sa “gratitude” à tous les marins et aviateurs « qui sont parvenus, avec une silencieuse abnégation et un extrême professionnalisme à faire face aussi efficacement à l’urgence migratoire en secourant dans les dernières quarante-huit heures plus de 3000 migrants ». Comprenez, en allant chercher en haute mer et en remorquant jusqu’aux côtes italiennes plus de 3000 immigrés illégaux.

Ce gigantesque travestissement de l’invasion en sauvetage dure officiellement depuis six mois. Au point de départ, le 3 octobre 2013, une nouvelle “tragédie” au large de Lampedusa. Des immigrés avaient cru ingénieux d’allumer un feu sur leur barque pour que la Garde côtière, comme on continue de l’appeler, vînt les chercher et les mener à bon port : le bateau a pris feu, les Africains se sont jetés à l’eau et une partie s’est noyée. L’habituelle frénésie pleurnicharde et culpabilisante s’est déchaînée, l’organisation conciliaire — beaucoup plus puissante, ne l’oublions pas, en Italie qu’en France —, y tenant les premiers rôles. « Pape François » ne s’est pas demandé combien de ces malheureux ne s’étaient décidés à se jeter à la mer qu’après l’avoir vu à Lampedusa, trois mois plus tôt, devant les caméras du monde, ouvrir les portes de l’Europe à l’Afrique tout entière. « Honte, honte », s’est-il hâté de s’écrier. Et il a commandé : « que de pareilles tragédies ne se répètent pas ! » On se souvient comment François avait dit sa “messe” sur une barque de clandestins transformée en autel, muni d’une croix pastorale fabriquée dans une épave. Après le 3 octobre, le culte de ces reliques sacrées de la nouvelle religion a été énergiquement propagé. Le diocèse de Milan a fait découper à Lampedusa cent cinquante croix dans des bateaux à clandestins, et les a solennellement distribuées aux “curés” des “paroisses” le jour des morts, au cours d’une cérémonie « interreligieuse islamo-chrétienne », où, pour faire bonne mesure, la croix était flanquée « d’un croissant de mêmes dimensions (lui aussi réalisé avec le bois des épaves) ». « On y a lu des passages de la Bible et du Coran, qui proviennent des [sic] textes sacrés retrouvés sur ces mêmes embarcations, soulignés par les migrants pendant leurs voyages ». Les épaves ont encore fourni une croix de trois mètres de haut, que « pape François » a bénie le 9 avril, mercredi de la Passion, avant de l’envoyer « en pèlerinage à travers toute l’Italie », jusqu’à l’église Santo Stefano de Milan où elle sera exposée en permanence. Ainsi, comme l’explique L’Osservatore Romano, « la croix pourra devenir, non seulement une destination de prière et de pèlerinage pour tous les fidèles laïcs touchés par le drame de Lampedusa, mais la trace permanente d’une mémoire qui ne doit ni ne peut s’évanouir ». Le blasphème, pour les catholiques, le dispute, d’un point de vue profane, au simple grotesque.

Docile aux injonctions de « pape François », ou plutôt à celles de leurs maîtres communs, le Premier ministre Enrico Letta a donc lancé, le 18 octobre, une opération impudemment baptisée Mare nostrum — comme s’il s’agissait pour l’Italie de conquérir la mer et non d’organiser la conquête de son propre sol—, « pour le contrôle [sic] et le secours des immigrés clandestins ». Six vaisseaux de guerre, dont un navire d’assaut amphibie et deux frégates lance-missiles, six hélicoptères, deux avions de patrouille maritime, un drone de surveillance, 1500 hommes, dont la moitié embarqués, patrouillent désormais le canal de Sicile, pour s’assurer que les clandestins font bon voyage. Le magazine en ligne Analisi Difesa a évalué le coût de cette petite armada à au moins 9 millions d’euros par mois, auxquels il faut ajouter un million et demi pour le dispositif déjà en place sur les côtes : « soit un total de 10,5 millions, même si des sources bien informées parlent de 12 millions. Chiffre qui n’a pas été rendu public, peut-être pour des raisons politiques, puisque des dépenses supplémentaires pour l’accueil des immigrés risquent d’être bien peu populaires, comparées aux sacrifices imposés aux Italiens par le gouvernement ». Mais, quand il s’agit de faire venir des Africains, il est bien connu qu’on ne compte pas.

Le 10 avril, au cours d’une conférence de presse, l’amiral De Giorgi a vanté Mare Nostrum comme « une réponse de civilisation, par laquelle notre pays a décidé d’offrir aux migrants une image bien différente de celle du passé ». Depuis le lancement de l’opération, « 18546 migrants ont été sauvés puis accompagnés, par groupe de mille, dans des ports désignés par le ministère de l’Intérieur » — de nouveaux débarquements en ont immédiatement, dans la seule journée du 10 avril, ajouté mille de plus. Auparavant, du 1erjanvier au 18 octobre 2013, 35707 clandestins avaient déjà débarqué, ce qui porte le total pour 2013 à 42.925, une augmentation de 224 % par rapport à 2012 ! « Mais le plus important, s’est félicité l’amiral, c’est que, au cours des six derniers mois, il n’y a pas eu un seul naufrage, et il n’y a pas eu de victimes, sauf un migrant qui a eu un infarctus à bord du navire qui l’avait secouru ». De Giorgi a cité les récents propos du ministre de l’Intérieur, Angelino Alfano, selon lequel de 600000 à 700000 immigrés étaient massés en Libye, prêts à s’embarquer pour l’Italie. Il est allé plus loin encore en parlant sans fard de millions. « Comment faire, a-t-il demandé, pour arrêter des millions de personnes en difficulté, qui fuient leurs pays et qui voient dans l’Europe un endroit où trouver un peu de paix et vivre mieux ? » C’est vrai cela, Amiral, comment faire ? « Nous faisons en sorte, a poursuivi ce grand marin, que cet exode biblique se passe en sécurité. Nous sauvons des innocents désespérés et s’il y a quelqu’un à qui cela ne convient pas, qu’il s’arrange avec sa conscience ».

De Giorgi, qui aime manifestement se faire tirer le portrait, est beau comme un amiral d’opérette, avec barbe poivre et sel, grand uniforme, grand cordon, trois rangées de médailles, galons, dorures, chamarrures. Il pourrait faire sienne la réponse de Bobinet dans La Vie parisienne d’Offenbach : « Comment êtes-vous amiral ?…— C’est de naissance ! » Son papa était déjà chef d’état-major de la Marine, en fonction quand son fils commençait sa carrière, ce qui n’a pas dû nuire à celle-ci. En septembre 2012, De Giorgi junior avait défrayé la chronique quand avaient été divulguées les instructions envoyées à la base navale de Tarente, « afin d’être prêts à tout moment à une éventuelle visite de M. le chef d’état-major ». Y était notamment stipulé : « Tous les matins, particulièrement quand M. le chef d’état-major est présent sur la base navale de Tarente, l’officier de garde devra s’assurer de la présence effective dans le carré des officiers d’une bouteille convenable de spumante ou de champagne mise au frais, ainsi que de biscuits au beurre et d’amandes prêtes à être grillées immédiatement par les soins du cuisinier de service affecté au carré des officiers ». La presse en avait fait des gorges chaudes et l’affaire avait même donné lieu à une question parlementaire, quant à la persistance « de comportements archaïques, dignes de la Marine du royaume des Deux-Siciles sous les Bourbons ». Comme si, par parenthèse, en fait de privilèges de caste, le haut personnel républicain, en Italie comme en France, avait quelque chose à envier aux pires courtisans de l’Ancien Régime. L’Amiral a survécu et le voilà relancé, avec succès, en sauveteur des pauvres migrants. Il travaille gaiement, entre deux flûtes de champagne, à la submersion de sa terre et à l’extermination de son peuple. Et il parle de conscience.

On ne peut même, à ce stade, reprendre le mot de Béraud et traiter l’amiral De Giorgi d’amiral de bateau-lavoir. C’est un amiral de barque à clandestins — avant qu’elle ne soit débitée en reliques par Bergoglio. Ou, si l’on préfère, c’est l’amiral du radeau de la Méduse.


Flavien BLANCHON.

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