“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”

 

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Comment la guerre US ruine et remodèle le monde

Les portes du temple de Janus n’étaient qu’exceptionnellement fermées : Rome, qu’elle fût gouvernée par des rois, un Sénat ou des princes, pour établir ses conquêtes ou maintenir sa paix, fit perpétuellement la guerre. C’est aussi le cas des Etats-Unis. La guerre est leur état normal, leur ciment constitutif et le fond de leur politique. C’est l’une des raisons de leur soutien systématique à Israël, dont la guerre est le berceau et le moyen de vivre. La guerre américaine est l’une des plaies principales du monde aujourd’hui.

En particulier, le processus de dislocation de l’Irak lancé en 1990, le désordre diffusé de la Tunisie à l’Egypte sous le nom de printemps arabe, la guerre de Libye, celle de Syrie et d’Afghanistan, ont mené au choc entre l’Occident et le bloc arabo-musulman et à l’érection du califat islamique en ennemi mondial numéro un, en barbare absolu, pour ainsi dire en substitut ou en continuateur du nazisme. Ce califat islamique, rendu célèbre par quelques vidéos et une demi-douzaine de décapitations, fait se récrier les regardeurs d’écran de Tel Aviv à San Francisco, quand même ils se réjouissent de millions d’avortements : comme quoi la morale est un mystère insondable. Quoi qu’il en soit, il est fermement établi qu’il s’agit d’un golem de fabrication américaine. D’abord, ce califat islamique a poussé sur le terreau d’un Irak volontairement détruit par l’élimination de Saddam Hussein, dont les Anglo-saxons ont entretenu la déliquescence en favorisant les chiites, brimant les sunnites, et en empêchant les anciens cadres du parti Baas de reprendre la main. Ensuite, même dans ce chaos organisé, les moyens de surveillance américains suffisaient largement pour empêcher l’islamisme de se lever et de croître à ce point, en se servant notamment des arsenaux irakiens. Il est donc établi que les Etats-Unis ont laissé se dresser cet épouvantail parce qu’ils avaient besoin dans le croissant fertile d’une nouvelle guerre et d’un nouvel Ennemi. Nouvelle guerre qui permet l’épuration ethnique et religieuse des chrétiens et prépare un nouveau découpage du Proche-Orient. Nouvel Ennemi parce que Saddam et Oussama sont morts et que Poutine ne suffit pas à tout.


UNE GUERRE REVOLUTIONNAIRE  QUI S’EN PREND AUX CIVILS


Ces rapides constatations d’actualité une fois faites, il est utile de crayonner une esquisse d’analyse de la guerre américaine.

Ou plutôt de la guerre yankee. On a noté depuis la guerre de Sécession la manière particulière qu’ont les Yankees de faire la guerre. Ils bombardent les voies de communications et les usines, brûlent les villes, font le blocus des ports, etc. Ce n’est pas absolument nouveau. Déjà les anciens Grecs, quand ils ne pouvaient prendre une cité, sciaient ses pommiers et ravageaient ses champs pour l’affaiblir. Mais avec les Yankees, la chose a été systématisée et portée à son comble. En 1991, le but des Etats-Unis, le secrétaire d’Etat Baker l’avait affirmé à Tarek Aziz, n’était nullement de vaincre l’armée irakienne, mais de ramener l’Irak vingt- cinq siècles en arrière en le ruinant. Voilà qui est clair : les objectifs assignés aux militaires américains sont d’abord des objectifs civils. Les Vietnamiens, les Allemands, les Français de la façade atlantique, affamés par les blocus et broyés ou brûlés par les bombes, peuvent témoigner de l’efficacité du procédé. Il change la nature de la guerre.

On peut parler de guerre des lâches, ou des bourreaux, mais on n’aura rien dit d’utile : la guerre américaine est révolutionnaire comme le fut aussi la guerre menée par le communisme chinois, c’est une guerre où le peuple est à la fois la cible, l’enjeu et le moyen. Après les efforts menés par l’Eglise catholique pendant le Moyen Âge pour tempérer la guerre, la soumettre autant que faire se peut à un minimum de règles, les juristes laïques ont repris cette tâche, surtout après la très horrible guerre de Trente ans. Et cela a mené vaille que vaille à la conférence organisée à La Haye par Nicolas II en 1899 pour la prévention de la guerre et le désarmement, qui devait fonder ce que l’on nomme aujourd’hui le droit humanitaire. Las, malgré les illusions d’un tsar de bonne volonté, la guerre a changé dans un sens radicalement inverse à celui qu’il souhaitait. En 1800, à la veille de la guerre lancée par Napoléon en Espagne, la proportion des civils dans les victimes de guerre était de 20 %, contre 80 % de militaires environ. Environ car il n’est pas toujours aisé de faire le décompte — ni toujours le départ entre “civils” et “militaires”. Aujourd’hui, la proportion s’est inversée. C’est ce que constate, par exemple, le American Journal of Public Health. […]


HANNIBAL.

Billet

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