“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”
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La mort volontaire et spectaculaire de Dominique Venner
RIVAROL a pour tradition de rendre un dernier hommage aux personnalités de la droite nationale lorsqu’elles quittent ce monde. Dominique Venner (16 avril 1935-21 mai 2013) a combattu avec constance des années 1950 à nos jours pour une Europe blanche, comportant un socle moral et spirituel. Tout en ne partageant pas son néopaganisme très personnel, doublé d’une regrettable définition lourdement caricaturale du christianisme — obscure secte juive selon lui —, on aurait aimé pouvoir saluer le départ d’une personnalité, ancien combattant de la droite nationale, dans les sphères physiques et idéelles. Or, il est impossible d’occulter non un drame personnel, mais un geste politique, essentiel, voulu et pensé comme tel, par un homme parfaitement sain d’esprit, un suicide public, à une heure d’affluence, devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il savait qu’il “cliverait” énormément à nouveau : la grande majorité des néopaïens ou des sceptiques lui rend un vibrant hommage, sans guère de nuances, portant sur la vie et la mort de Dominique Venner, tandis que les chrétiens s’indignent du sacrilège de son acte final, accompli en pleine connaissance de cause : une mort volontaire spectaculaire aurait pu avoir lieu devant l’Arc de Triomphe et la tombe du Soldat Inconnu, lieu aussi hautement symbolique, par exemple, sans prendre aucune connotation d’ultime provocation antichrétienne.
UN GESTE QUE NOUS N’APPROUVONS PAS
Ce n’est pas manquer de respect à un défunt camarade, à la douleur de la famille et des amis, que de signaler le scandale, au sens étymologique, occasion de chute, plus exactement de trouble, de son geste ultime, par le principe même du suicide et le lieu choisi. Nous avons quelque peu connu Dominique Venner, sans être du cercle de ses intimes, avec notamment une conversation passionnante, sur un intérêt commun, les armes, dont il demeurera un grand connaisseur, avec de nombreux ouvrages de référence sur le sujet, singulièrement les armes légères à feu — nulle ironie déplacée —. Nous avons été ému par la nouvelle de cette disparition, tout en désapprouvant fermement son geste. Nous avons ressenti non un encouragement à poursuivre le combat, mais une forme d’abandon ; le suicidé quitte le combat, ne le fait pas accéder par son geste à une dimension sacrificielle douteuse.
LES COMBATS DE DOMINIQUE VENNER
Le combattant politique avait été courageux, luttant physiquement pour l’Algérie française, bénéficiant de l’honneur réel d’être considéré comme un détenu politique dangereux par le régime gaulliste. Il avait pris ses distances a posteriori, car si d’instinct il comptait défendre les Européens en Algérie, au nom d’une solidarité ethnique instinctive, de bon aloi, il ne voulait certainement pas une utopique intégration débouchant sur un ensemble franco-arabe de plus en plus déstabilisé par le poids croissant d’une composante musulmane et a-européenne ; toutefois, un nationaliste authentique d’extrême-droite aurait pu conclure à la nécessité de l’expulsion de tous les Arabes d’Algérie, d’un territoire français intégralement conservé, moins la petite minorité d’enthousiastes réels de la France, vers le Maroc ou la Tunisie, ce qui n’aurait pas posé de problèmes techniques insolubles. Sa pensée, qui s’est toujours voulue d’une radicalité assumée, derrière une courtoisie de ton et un éclectisme assumé des amitiés, conservait des blocages surprenants d’imprégnation démocratique. Il détestait pourtant la démocratie. Dans les années 1960, il a lutté dans différents petits mouvements d’extrême-droite, dont Europe-Action, la FEN, l’IEO, sans débouchés concrets. D’où sa volonté de se consacrer à partir du milieu des années 1970 avant tout au combat plus purement intellectuel. La superficialité d’un activisme de bonne volonté le condamnait selon lui à l’échec, opinion fort soutenable. Il a essayé sans relâche de définir les « valeurs occidentales » à défendre, face à la subversion marxiste ou celle des cultures venues d’ailleurs, qui s’imposent par l’immigration-invasion, tôt dénoncée. On ne partagera pas sa définition néopaganisante, reposant sur des mythes historiques, des paradoxes assumés — tel un éloge insoutenable de Machiavel comme citoyen-modèle — , une claire détestation du christianisme — même si elle était moins hystérique que chez d’autres de la Nouvelle Droite —. Tout en étant en retrait volontaire du combat politique actif, il a toujours soutenu le Front National, des origines à nos jours, d’où les hommages, attendus, de Bruno Gollnisch et Jean-Marie Le Pen, et celui, plus surprenant, de Marine Le Pen. Beaucoup de mouvements politiques nationaux, ou de personnalités atypiques, ont cru bon de rendre un hommage appuyé à l’homme, à son œuvre, à son ultime geste, manifeste par l’exemple contre la décadence, suivant sa logique ; or, nous désapprouvons clairement le suicide, certainement protestation typique dans la tradition nipponne, illustrée par l’écrivain Mishima, mais tradition non européenne, autant païenne que chrétienne ; il n’était pas un général romain vaincu.
QUE PENSER DES RÉFLEXIONS DU DIRECTEUR DE LA NRH ?
Les recherches intellectuelles de Dominique Venner ont débouché sur deux types de travaux, ouvrages d’histoire ou essais engagés. Les premiers conservent souvent un authentique intérêt, en particulier ses recherches sur la Guerre Civile en Russie et le martyre des Russes-Blancs (1918-1922), ou celles sur la période troublée et de plus en plus falsifiée de la Deuxième Guerre Mondiale, avec ses études de qualité sur la Collaboration et la Résistance, travaux remarquables de précision, d’honnêteté, de justesse le plus souvent. Il n’a certes pas cherché le martyre sur des questions touchant à la Shoah. Ses revues historiques, Enquête sur l’Histoire, puis la NRH, de bonne vulgarisation le plus souvent, ont démonté beaucoup d’énormités historiques de la propagande du Système, notamment sur l’esclavage, le nationalisme, les Vendéens. Relevons seulement, […]
Nicolas BERTRAND.
Billet

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