Billet hebdomadaire

 

Législatives au Pays-Bas, beaucoup de bruit pour rien ?


Les élections législatives du mercredi 15 mars 2017 aux Pays-Bas avaient été annoncées depuis des mois et des mois, sinon des années, comme un scrutin-test essentiel pour l’avenir des Pays-Bas et même de l’Union Européenne. Il y a six mois, le PVV de Geert Wilders était donné en tête des partis néerlandais. Les résultats électoraux ont été très différents des craintes affichées du Système. Ils ont fait connaître mondialement le vainqueur proclamé, le Premier ministre libéral en fonction depuis 2010, Mark Rutte, qui devrait être reconduit dans ses fonctions. Mark Rutte avait remporté avec son parti VVD, ou Parti Populaire Libéral-Démocrate, les législatives précédentes de 2010 et 2012, avec à chaque fois une majorité très relative conduisant à la formation d’une coalition.


UN PÉRIL FASCISANT IMAGINAIRE


Le PVV, ou Parti de la Liberté en néerlandais, fondé par Geert Wilders en 2006, fait figure d’épouvantail pour la classe médiatique officielle, aux Pays-Bas comme dans l’Union Européenne, et dans l’ensemble du monde musulman. Il prétend en effet défendre les Pays-Bas, et ses citoyens authentiques. Il entend quitter l’Union Européenne et l’Euro. Il a aussi promis d’interdire l’Islam et le Coran. Ces mesures poseraient d’évidents problèmes d’application. La “provocation” du PVV ne va toutefois pas jusqu’à expliciter un programme de remigration des millions de non-Européens inassimilables présents dans le pays, majoritairement musulmans, mais pas seulement du reste. Il n’en faut pas davantage pour déclencher les cris d’horreurs habituels du Système, dénonçant, de Dublin à Ankara, un supposé “fascisme”, “nazisme”, “racisme”, etc., du PVV.

En réalité, il n’en est évidemment rien. Le PVV est furieusement sioniste, grand ami des Juifs et admirateur de l’Etat hébreu ; il se réfère aussi sincèrement à la Résistance néerlandaise de 1944-45, comme tous les autres partis du reste, et certainement pas aux collaborateurs historiques néerlandais honnis. Au contraire, le PVV reprend ces mêmes épithètes insultantes, dans son esprit aussi, pour dénoncer le “fascisme” ou le “nazisme” des musulmans, ce qui, même si l’on n’apprécie pas la charia, est un vocabulaire pour le moins inadapté. Erdogan et Wilders se qualifient donc réciproquement de “nazis”, curieux étalon commun de l’horreur. Sans être évidemment d’extrême droite, et encore moins fascisant, le PVV ne relève même pas de la droite nationale au sens strict : sur les questions de société, fondamentales pour un parti politique, qui définit sa vision de la Nation, le PVV ne se distingue pas du consensus libéral-libertaire de la société néerlandaise, avec à son programme une ferme défense de l’homosexualité, de l’avortement…

La seule différence majeure avec le reste de la classe politique néerlandaise réside dans le refus du multiculturalisme : plus logique que les autres partis, le PVV constate que si l’immigration-invasion islamique et islamisante finit par s’imposer aux Pays-Bas, hypothèse crédible pour l’horizon 2040, voire 2030, c’est-à-dire demain, c’est assurément la mort de la société de tolérance extrême néerlandaise qui est programmée. Elle serait remplacée par une autre, islamique stricte, se rapprochant du Maroc ou du Pakistan, sinon de l’Afghanistan, bref absolument autre chose, et même son contraire. Les fameux « musulmans modérés », à l’exception d’individualités, n’existent pas plus aux Pays-Bas qu’en France ou n’importe où dans le monde musulman. En outre, le modèle multiculturaliste néerlandais n’entend nullement leur imposer de “modération”, contrairement à l’idéologie républicaine en France, qui la conseille, et se perd mollement dans ses contradictions. La droite nationale européenne authentique trouvera ces deux sociétés, libérales-libertaires et musulmanes, certes antinomiques, mais aussi peu sympathiques. Des partis patriotiques en Europe de l’Est, qui ne sont pas eux qualifiés le plus souvent comme relevant de l’extrême droite, parfois au pouvoir comme en Pologne avec le PiS ou en Hongrie avec le Fidesz, se situent en fait, par un conservatisme de bon aloi sur les questions de mœurs, beaucoup plus à droite que le PVV néerlandais.

Aussi était-il ridicule d’évoquer un péril d’extrême droite au sujet du PVV. En outre, Geert Wilders n’a jamais été aux portes du pouvoir, pour la double raison du mode de scrutin et du rejet du PVV par tous les autres partis néerlandais : le scrutin est en effet purement proportionnel, et le PVV n’aurait jamais atteint 51 % des voix, ni même un seuil comme 40 % qui aurait peut-être pu provoquer des ralliements significatifs d’opportunistes. Il est de tradition que le parti en tête voie son chef nommé Premier ministre, et chargé de former une coalition par la reine. Mais, même, par hypothèse, avec un PVV en tête à 20 % des suffrages, soit à peu près 20 % des sièges au parlement, Geert Wilders aurait été incapable de former un gouvernement de coalition.

Ainsi Geert Wilders a-t-il voulu jouer le jeu de cette prédiction largement fantaisiste, et fantaisiste de plus en plus clairement au fil des mois quant à son score électoral final réel. Durant les dernières semaines précédent l’élection, son score s’est régulièrement tassé dans les sondages. Ces derniers ont été pertinents pour cette élection néerlandaise. Nous n’en ferons pas une règle générale, mais il faut bien le constater : ils avaient prévu effectivement un PVV à 13 % des voix et 20 sièges, deuxième, loin derrière le premier, le parti néerlandais, et talonné par les troisièmes et quatrièmes, à très peu de choses près. Le PVV a donc subi un échec par rapport aux scores rêvés d’il y a quelques mois, et a frôlé une encore plus décevante troisième ou quatrième place. Le PVV est talonné dans les résultats effectifs par les chrétiens-démocrates du CDA, avec 12,5 % des voix et 19 sièges — soit un gain de 4 points et 6 sièges —, et les libéraux-libertaires du D66, avec 12 % et 19 sièges —soit un gain de 4 points et 6 sièges —.

Ce PVV est le correspondant officiel du néo-FN de Marine Le Pen. Chose curieuse, il est aussi l’un de ses inspirateurs directs : ainsi, le néo-FN a importé des Pays-Bas des termes peu usités en France, surtout dans la droite nationale, comme la « lutte contre l’homophobie », ou un sionisme fondamental, avec une admiration vive, assumée, sans nuances ni restriction, pour l’Entité Sioniste. La haine des révisionnistes est hors de doute ; ni le PVV ni le néo-FN ne veulent abolir les lois liberticides interdisant la libre recherche historique sur tous les sujets.

Enfin, la proportionnelle intégrale a produit son effet d’émiettement : il existe ainsi 3 à 4 partis socialistes et autant de partis libéraux. Des scissions de grands partis initiaux, pesant 3 à 4 % des voix, peuvent espérer survivre dans la durée. Ce qui les oppose vraiment, des décennies après les scissions historiques, est souvent particulièrement obscur. La campagne entre partis “antifascistes” — tous sauf le PVV — a donc reposé sur les personnalités des candidats, tous voulant apparaître jeunes, dynamiques, séduisants, sans insister sur les programmes ; pour un spectateur français domine l’impression de retrouver le produit Emmanuel Macron en 5 ou 6 exemplaires, et de toutes les couleurs, sous des bannières formellement différentes, mais dont aucune d’ailleurs ne rebuterait le candidat d’En Marche. Le Système s’adapte parfaitement au mode de scrutin qui est, aux Pays-Bas du moins, une franche réussite pour les partis de l’Etablissement. Aussi, si l’on additionne les voix des courants politiques dominants, socialistes, comme libéraux, éclatés artificiellement en 3-4 partis, en admettant que cette différence soit encore pertinente dans un pays ou la “droite” théorique correspond encore davantage à la notion réelle de fausse droite qu’en France, il est clair que la droite (sinon gauche) patriotique du PVV n’a jamais été majoritaire, et ce même dans les sondages très favorables d’il y a six mois, finalement infirmés par les urnes. […]


Scipion de SALM.