“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”

 

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La hollandisation des esprits


Avant que l’attentat de Charlie Hebdo ne vienne accaparer l’attention, il était question à Paris de zemmourisation de la société, la formule était de Jean-Christophe Cambadélis, de même que l’on avait parlé en 1997 de lepénisation des esprits. Les gens qui ont voix au chapitre, les intellectuels et les politiques qui influencent les media, entendent suggérer par ces expressions que le débat public en France se trouve pollué, voire dominé, par les thèmes et les convictions qu’ils prêtent, respectivement, à Jean-Marie Le Pen pour le passé, à Eric Zemmour pour le temps présent. Or cette suggestion est fausse et manipulatoire. Qu’on s’en félicite ou qu’on le regrette, la loi, le poids des media et celui de l’éducation nationale, font que l’opinion publique n’ose plus penser, en matière de “racisme”, de “xénophobie”, de “sexisme”, d’“homophobie”, etc. ce qu’elle pensait voilà trente ans : il y a une régression très sensible du “lepénisme” et du “zemmourisme”. Seul “l’antisémitisme” progresse, mais cela n’est dû ni à la lepénisation des esprits ni encore moins à la zemmourisation de la société, c’est dû à la modification de la population entraînée par l’immigration. Donc, en parlant de lepénisation des esprits ou de zemmourisation de la société, les leaders d’opinion affirment le contraire de la réalité observée, dans le dessein d’ôter à la France ses dernières défenses immunitaires.Cela fait partie d’un phénomène étonnant mais sensible en France et dans le monde, la hollandisation des esprits. On en voit un exemple frappant dans les élections grecques. Il y avait une critique forte et pertinente à mener contre les politiques conduites depuis quinze ans par la Grèce et l’Union européenne, un bilan de l’euro à faire, etc. La démocratie grecque ne vaut pas cher et sa rencontre avec Bruxelles a été une catastrophe. Mais que tout cela débouche sur l’irrésistible ascension de M. Tsipras est affligeant. Tsipras ! Le nom rappelle tsipouro, la gnôle hellène, et les lendemains de cuite électorale risquent d’être difficiles. Le conglomérat de gauchistes qui soutient ce garçon ne rêve qu’irresponsabilité socialiste, assistanat généralisé (y compris par Bruxelles), immigration, démagogie générale et théories fumeuses. Il ne suffit pas de brandir un drapeau grec pour être patriote. La satisfaction affichée par le Front national en France attriste. On y espère que l’arrivée de Syriza au pouvoir va gêner Bruxelles. Mais ce n’est pas sûr du tout : le totalitarisme mou pourrait bien négocier, et finir par absorber la furie athénienne, ce qui aurait pour effet d’asseoir au contraire un peu plus le côté irréversible de la construction fédéraliste européenne et de décourager la rébellion des peuples. Il semble que le succès ait privé le FN du mandat du ciel qu’il détenait depuis les années quatre-vingts, celui de voir et dire la vérité. Il ne la voit plus désormais. Il fait de la politique, même s’il n’y arrive pas tout à fait. Significativement, Marine Le Pen a demandé à participer à la grande pantalonnade de « Je suis Charlie ». On le lui a refusé, mais cela n’est pas à porter à son crédit. Je préfère Aube dorée, que je ne connais pas bien, mais qui est trop vilipendée pour ne pas avoir quelque chose d’honorable.

Une chose peut surprendre le lecteur : pourquoi parler de hollandisation des esprits à propos de la victoire de Syriza ? Oh, simplement parce qu’à partir d’un constat juste (L’Europe ni l’euro ne marchent, ils ont exacerbé les défauts de l’économie et de la politique grecques, tout va mal, de la dette à l’invasion, etc.), on se jette sur des remèdes pires que le mal, administrés par des médecins formés par les théories qui causent le mal. Nous avons connu cela exactement en 2012 : Hollande, c’est Sarkozy plus la GPA, plus un surcroît de soumission aux Etats-Unis en politique étrangère, avec, quant à l’économie, une doctrine et une pratique qui varient sans états d’âme de Mélenchon à Macron. C’est-à-dire que, comme le monstre souple de Bruxelles, cela intègre, cela revendique, toutes les critiques, dans une action dont le but n’est pas de protéger la France des menaces qui pèsent sur elle, ni de résoudre les questions qui se posent à elle, mais d’annihiler ses réactions négatives pour faire advenir, bon gré, mal gré, une politique décidée au niveau mondial.

C’est un fait reconnu à un certain niveau des entreprises multinationales, des gouvernements, des institutions supranationales, que le stade national, comme le stade religieux, sont dépassés, et qu’il faut avancer. François Hollande est le prototype du dirigeant préposé à cela. Reconnu mondialement pour sa faculté de mal nouer sa cravate, de retourner sa montre, de faire tomber ses dossiers, de porter des croissants au petit matin, c’est devenu la vedette d’un « petit journal » universel, applaudi de Pékin et Rio de Janeiro. Il est maintenu en place malgré sa nullité, en raison même de sa nullité. Même quand il atteint 13 % dans les sondages, il n’est pas viré comme un vulgaire Samaras, il continue d’être une grande voix qui appelle Angela Merkel à faire quelque chose pour la croissance. Et l’attentat contre Charlie Hebdo lui donne l’occasion de battre un record : c’est le seul président qui ait doublé sa cote de popularité en quatre jours. Encore une catastrophe et il rejoindra Kim Jong-un. […]


HANNIBAL.

Billet

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