“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”

 

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Les Juifs doivent-ils quitter l’Europe ?


Les événements de Paris et Copenhague et l’appel de Benjamin Netanyahu aux juifs d’Europe à faire leur alyah relance une vieille question. La tapageuse prospérité du judaïsme espagnol provoqua en 1492 l’expulsion des juifs qui refusaient le baptême. Ce fut une chance pour le monde juif : la Méditerranée devint pour plusieurs siècles un lac ouvert à ses échanges (qui avaient des correspondants tant à Marseille, Gênes, Ancône, Livourne ou Venise qu’à Smyrne ou Constantinople), tandis que les marranes, ces nouveaux chrétiens de nom qui demeuraient juifs de cœur, conquirent le commerce atlantique en partant du Portugal en passant par Bayonne, La Rochelle, Nantes, Rouen, Anvers, jusqu’à Amsterdam et bientôt Londres, sans oublier Recife, Paramaribo ni la Nouvelle-Amsterdam. Ainsi, comme l’a vu Sombart il y a un siècle et comme le répète Jacques Attali, les juifs prirent une participation capitale par leur finance et leur commerce à la naissance du capitalisme. Ils jouèrent aussi un rôle central dans la révolution culturelle qui devait déboucher sur le « monde moderne », les “Lumières”, la “laïcité” — et aujourd’hui la “mondialisation” et la « gouvernance globale ».

Ça leur retombe sur le nez : là-même, à Amsterdam, où les pères triomphants ont mangé des fruits verts, les arrière-petits-enfants ont les dents agacées. L’antisémitisme  fleurit. Impensable hier ! La Hollande, pays des Elzévirs, d’Erasme, de Spinoza, du cardinal Alfrink, des coffee shop, des provos, du Taciturne, des prostituées en vitrine, de la législation avancée sur l’euthanasie, fut depuis la Réforme, et singulièrement depuis qu’elle s’est opposée à l’affreux duc d’Albe et à Louis XIV « le terrible négationniste de l’Edit de Nantes »), la patrie de la modernité et de la liberté de pensée, bref, de l’humanisme. Le retour foudroyant de l’obscurantisme au pays des premières lumières explique la menace qui pèse sur les juifs et la particularité du populisme néerlandais, qui fut pionnier en Europe d’une stratégie que d’autres ont reprise depuis, par exemple Riposte laïque, Charlie, Chauprade ou Breivik : le choix de l’alliance avec Israël contre l’islam dans le choc des civilisations.

Les juifs alliés aux Réformés ont fait les grandes heures des Provinces-Unies, et, malgré l’intermède des années les plus noires, leur prospérité ne s’était jamais démentie aux Pays-Bas jusqu’à ce que la politique d’immigration menée depuis quarante ans porte ses fruits. La tranquille Hollande fut alors, comme toute l’Europe, victime d’une invasion de populations allogènes. Une bonne part, qu’elle vînt des Moluques, du Maroc ou d’ailleurs, était musulmane. L’effet s’en fit sentir sans tarder : la chienlit néerlandaise et la guerre au Proche-Orient jetèrent de nombreux jeunes, qui affichaient une conception “traditionnelle” de la femme et de la sexualité, contre les communautés homosexuelle et juive.


Des homosexuels ayant été pris à partie par des musulmans fondamentalistes, l’homosexuel Pym Fortuyn, professeur marxiste qui avait débuté sa carrière politique au parti socialiste, vira sa cuti à cause du danger que représentaient pour lui l’islam et l’immigration non européenne. Il fonda en 2002 un parti populiste qui triompha aux élections à Rotterdam. Le six mai de la même année, il était assassiné par Volkert van der Graaf, activiste d’extrême gauche écologiste, qui agit pour « protéger les musulmans désignés comme boucs émissaires ». Pourtant Fortuyn, ayant pris soin de se distinguer du FN et du FPÖ autrichien, menait son combat au nom de la laïcité et de la modernité, non à celui de l’identité nationale ou encore moins ethnique.
Poursuivons l’analyse et jetons un coup d’œil à Théo Van Gogh, pas le frère du peintre, mais le réalisateur de cinéma, né en 1957 et mort assassiné, lui aussi, en 2004. Cinéaste en vogue, primé par un Goulden Kalf, l’équivalent de nos Césars, c’était un provocateur tous azimuts, puisqu’il traitait Jésus-Christ de « poisson pourri de Nazareth », et que, à propos d’une controverse sur Auschwitz, il avait écrit dans le magazine Folia Civitatis au sujet de l’historienne juive Evelien Gans : « Je pense que madame Gans fait des rêves érotiques où elle se fait b… par Josef Mengele ». En 2004, il réalisait le film Submission en collaboration avec Ayaan Hirsi Ali. Dix ans avant Houellebecq, il traduisait pour le public européen le mot Islam, qui signifie soumission. Les auteurs visaient la soumission particulière aux femmes dans cette religion. Le film Submission montrait notamment une musulmane sous un vêtement transparent, dont le corps était couvert de versets du Coran. Il ne serait plus diffusable aujourd’hui sans émeute.

Ayaan Hirsi Ali était la fille d’un révolutionnaire éthiopien, elle-même proche dans sa jeunesse des frères musulmans. Elle avait obtenu l’asile aux Pays-Bas, la nationalité néerlandaise et avait milité au centre gauche. Après le 11 septembre 2001, elle était devenue athée, s’était fait élire sous l’étiquette VVD (parti du centre droit pour la liberté et la démocratie) au parlement où elle militait contre la mutilation sexuelle des femmes. Quant à Van Gogh, il fut abattu de huit balles de révolver par un Néerlandais venu du Maroc, Mohammed Bouyeri, âgé de 26 ans, qui lui coupa la gorge avec un couteau avant qu’il ne meure.


La quatrième figure qu’il est utile d’observer pour mesurer les vicissitudes de l’esprit moderne et marrane aux Pays-Bas est Geert Wilders. Député européen, chef et fondateur du PVV (parti pour la liberté, populiste), Wilders est le leader incontesté de « l’extrême droite » néerlandaise. Il est le rejeton par sa mère d’une vieille famille juive d’Indonésie (commerçants marranes de la Compagnie des Indes orientales). Après ses études de droit, il a vécu quelques années en Israël dans un mochav, et s’est rendu depuis une quarantaine de fois dans ce pays, où il a rencontré Sharon et Olmert à plusieurs reprises, et où il cultive ses liens avec le Mossad. De 1990 à 1998, il fut l’assistant parlementaire de Frits Bolkestein, politicien néerlandais du centre droit (VVD), ancien ministre de la Défense, surtout connu pour la directive qu’il avait présentée en tant que commissaire européen, en faveur d’un droit d’établissement des artisans venus d’Europe de l’Est (« le plombier polonais ») au tarif pratiqué dans leur pays d’origine. Libéral, européiste et même mondialiste à tout crin, Bolkestein se distingue de ses pairs par ses propos sur  l’immigration : « L’intégration des minorités est le problème le plus important qui se pose à l’Europe […] Le déni du caractère ethnico-religieux des émeutes dans les banlieues françaises est stupéfiant ». Il fait partie de cette frange de l’Etablissement libéral-mondialiste opposée à l’islam, que sert Geert Wilders. Celui-ci, à la différence d’un Pym Fortuyn, ne condamne nullement l’immigration massive, mais seulement l’islamisme, « idéologie fasciste ». Il explique : « Je le dis de manière plus claire : ma culture est meilleure que la culture islamique. Nous ne traitons pas les femmes, les homosexuels, les relations politiques au sein de la société, comme cette culture attardée. Les individus sont égaux. » C’est un pur discours “Charlieste”.

Les préférences de Geert Wilders sont sans mystère, et c’est sans mystère non plus qu’il a été soutenu par les néocons américains Daniel Pipes et David Horowitz, ni que la Republican Jewish Coalition lui a financé une conférence dans une synagogue de Boston. Or le mentor de Wilders, Frits Bolkestein, a scandalisé le gratin néerlandais en décembre 2010 par une phrase, publiée dans un livre sur le judaïsme et reprise dans une interview au journal De Pers : « Les juifs conscients doivent réaliser qu’il n’y a plus d’avenir aux Pays-Bas ». Pour lui, l’“antisémitisme” d’une part des immigrés ne va pas décroître : les « juifs reconnaissables », c’est-à-dire les orthodoxes, doivent en tirer les conséquences et gagner Israël ou les Etats-Unis. Cette déclaration a provoqué un tollé chez les bien-pensants, et Wilders a immédiatement donné la réplique : « Bolkestein se trompe complètement : ce ne sont pas les juifs mais les Marocains coupables d’antisémitisme qui doivent quitter le pays. » Certains dirigeants juifs en ont profité, appelant la société néerlandaise à s’engager « contre l’antisémitisme et d’autres formes d’intolérance ». […]


HANNIBAL.

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