“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”

 

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Billet

Reconquête d’Alep : vers une confrontation russo-turque en Syrie ?

En Syrie, à chaque fois que des civils périssent sous les bombes russes, il s’agit de crimes de guerre. Que le Pentagone détruise avec ses drones un hôpital en Afghanistan ou en Somalie, ce ne sont que des « dégâts collatéraux ». Ce serait d’ailleurs ces mêmes bombes russes, et elles seules, qui jetteraient sur les routes de nouveaux flots de réfugiés, lesquels, à Alep et jusque-là, semblaient s’accommoder assez bien de leur gouvernement par l’État islamique & consorts. Au demeurant l’on arrive parfois à voler quelques bribes d’informations précieuses à travers les images rapportées par des journalistes qui se trouvent toujours — comme par hasard — du côté rebelle et jamais de ceux qui luttent contre les forces djihadistes/terroristes multinationales. Ainsi, sur la chaîne boboiste Arte, parmi justement des images d’Alep au milieu des décombres, des habitants exprimaient leur désespoir — mieux documenté et plus abondamment filmé que celui des habitants de Gaza lorsqu’ils subissent la vengeance d’Israël — en vomissant leur haine absolue des chiites, autrement dit de la contre-révolution anti- daechienne.


GUERRE CIVILISATIONNELLE


Pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, répétons qu’il ne s’agit pas en Syrie d’une guerre civile sous couvert d’une contestation armée et politique du régime, mais d’une guerre idéologique et religieuse à dimension continentale, du Turkestan chinois aux Colonnes d’Hercule. Guerre civilisationnelle qui oppose le fanatisme wahhabite et l’islamisme (ou islam politique) à toutes les nations “mécréantes” (ce qui comprend tous les musulmans sunnites ordinaires) de la Mer Rouge au Golfe de Guinée, et du Xinjiang à l’Atlantique. En témoigne le commando de sept terroristes appartenant à Daech mis hors d’état de nuire « le 7 février 2016 à Iékatérinbourg qui préparaient différents attaques sur le modèle du 13 novembre, ceci à Moscou, Saint-Pétersbourg et à Sverdlovsk dans l’Oural » [AFP8févr16]. Selon le FSB (ex-KGB) quelque 2 900 ressortissants russes, majoritairement originaires des Républiques du Caucase, combattent actuellement dans les rangs de l’ÉI en Syrie et en Irak. De son côté, le service de renseignement privé new-yorkais The Soufan Group [soufangroup.com], estime que le nombre de combattants originaires d’Asie centrale a également explosé en 2015, plus de 2 300 d’entre eux ayant rejoint la Syrie ou l’Irak.

Mais il serait fallacieux, simpliste et réducteur de ne voir dans ce conflit qu’une opposition primaire entre sunnisme et chiisme parce qu’en l’occurrence il s’agit ici soit de Frères musulmans (ceux qui fuient actuellement Alep avec leur famille), soit de salafo-wahhabites parfaitement étrangers à un certain Islam, puisqu’il s’agit d’une sorte de nihilisme messianique négateur de toute spiritualité et assez proche en cela de la rage destructrice des Conventionnels d’octobre 1793 ou des judéobolchéviques de 1918 et de l’ouragan de carnages surdimensionnés perpétrés par la Tchéka… responsable à elle-seule d’une dizaine de millions de morts, en un mot de l’éradication génocidaire (aujourd’hui occultée) des élites laïques et religieuses de l’ancien empire. Néanmoins, et a contrario, les Frères musulmans se présentent eux sous l’étiquette du réformisme, offrant une version édulcorée, plus présentable que le fanatisme des seconds. Reste que les uns et les autres procèdent d’une même interprétation du prophétisme coranique et de son instrumentation à des fins politiques, c’est-à-dire en vue d’une conquête du pouvoir. Non pour servir mais essentiellement pour satisfaire de dévorantes ambitions personnelles et collectives se présentant sous le masque de l’altruisme. Tout comme le marxisme qui n’a jamais été qu’un moyen en Russie de hisser une mafia tribale au sommet d’une pyramide de cent soixante millions de nouveaux serfs. Mirifique mirage dans sa construction, en tout cas suffisant pour jeter les basses classes à l’assaut des possédants, possesseurs de la terre, du savoir, de l’expérience, de l’autorité, toutes choses haïssables.

De mortelles utopies qui sont hélas très loin d’être mortes et qui risquent de se jeter à nouveau très bientôt au visage des peuples. Retenons que la distinction entre modérés et fanatiques n’est dans les pays mahométans comme en Occident qu’un leurre et une illusion. Nous le réapprenons constamment à nos dépens… l’État totalitaire progresse à bas bruit, notamment grâce à ce grand allié qu’est l’État islamique et le cortège de lois d’exception qui l’accompagnent. ÉI contre lequel la lutte occidentale au Levant n’a été qu’une pantalonnade… jusqu’à ce que l’arrivée intempestive des Russes ne vienne dévoiler le pot au rose.


ALEP OUTRAGEE, ALEP LIBEREE


La presse honnête et dure à la tâche s’est d’autre part bien gardée de montrer ceux des Aleppins — notamment dans les quartiers ouest — restés fidèles à Damas et « la foule en liesse » accueillant les troupes gouvernementales en libératrices [francetvinfo.fr/Reuters4fév16].

Force donc est de déduire que les « 60 000 à 70 000 personnes faisant mouvement depuis Alep vers la Turquie » [AFP5fév16], suite à l’opération de l’armée syrienne lancée le 1er février avec l’appui de l’aviation russe pour libérer la ville, place forte de la rébellion depuis 2012, ne fuient pas Daech mais qu’ils en étaient le soutien populaire. Voilà ceux que l’Union européenne s’apprête à accueillir à bras ouverts comme les victimes d’une guerre inique.

Une guerre confessionnelle qu’en réalité ces malheureuses gens ont engagée contre le gouvernement légal, parce qu’en terre arabe la passion, les passions bonnes et mauvaises l’emportent sur toute réflexion. Conflit qu’ils ont depuis quatre ans alimenté, soutenu par leurs volontaires, leur aide logistique et leur solidarité morale. Ceci avec le soutien actif de la Turquie qui aujourd’hui refuse ostensiblement de leur ouvrir ses frontières dans le seul but d’imposer à l’UE la création d’une zone de rétention en territoire syrien. Ce qui permettrait à l’armée turque de pénétrer en Syrie, de s’y établir sous la protection de l’Otan et à partir de là de livrer une guerre sans merci aux irrédentistes kurdes du PKK. Plan qui suppose une confrontation directe avec les Russes !

Pour revenir aux images d’Alep en ruines, insistons encore sur le fait que ces civils qu’on nous présentent comme des victimes au premier degré, des victimes innocentes se jetant sur les routes pour fuir les combats sont avant tout le socle humain, le terreau sur lequel se développe et prospère l’État islamique. Ce sont donc ces gens que nous accueillons massivement en Europe. À nos risques et périls.

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François-Xavier ROCHETTE.